Gestion du renouvellement des colonies en apiculture
Les exploitations apicoles sont soumises à une forte variabilité des conditions de production et notamment aux pertes de colonies. Pour maintenir un cheptel productif, les apiculteurs doivent donc renouveler régulièrement leurs colonies, en arbitrant entre différentes pratiques : création de nouvelles colonies, remplacement des reines ou encore allocation des nouvelles reines aux colonies productives ou improductives.
L’enjeu est de conserver suffisamment de colonies pour assurer la production et le revenu de l’exploitation, tout en disposant d’une marge de manœuvre suffisante pour pouvoir adapter les pratiques de gestion aux situations rencontrées. L’adaptabilité est en effet considérée par les apiculteurs comme un critère clef de la durabilité de leurs systèmes. Cette capacité d’adaptation peut cependant entrer en tension avec d’autres contraintes, notamment relatives au revenu et au temps de travail.
Le modèle développé représente la dynamique d’un cheptel apicole sur dix ans et les différentes options de gestion du renouvellement. La théorie de la viabilité permet d’identifier les situations et les stratégies de gestion permettant de respecter simultanément plusieurs contraintes : maintenir un nombre minimal de colonies productives, assurer un revenu suffisant, ne pas dépasser le temps de travail disponible et maintenir un certain niveau d’adaptabilité.

Les simulations montrent que certains choix techniques, notamment la proportion de reines disponibles par rapport à la taille du cheptel, peuvent fortement modifier les possibilités de gestion de l’exploitation. Une augmentation du nombre de reines disponibles permet de multiplier les possibilités d’intervention sur le cheptel, mais elle demande également davantage de temps de travail. Elle peut donc, dans certaines situations, réduire plutôt qu’augmenter la viabilité de l’exploitation.
Ce cas d’application mobilise l’adaptabilité comme une contrainte à part entière dans le calcul de la viabilité d’un système agricole. Sur le plan méthodologique, ce cas d’application va en cela plus loin que des cas d’application tels que le système laitier à l’herbe du Wisconsin (https://viability-theory.org/applications/paturage-wisconsin) qui se contentait de calculer une métrique d’adaptabilité pour chaque état viable, sans en faire une contrainte. Sur le plan appliqué, ces travaux montrent que conserver une marge de manœuvre pour faire face aux situations futures peut entrer en tension avec les objectifs de production, de revenu ou de temps de travail.
Pour en savoir plus: Coline Kouchner, Rodolphe Sabatier, Benjamin Basso, Axel Decourtye, Cécile Ferrus, et al.. Management flexibility and the sustainability of bee farming systems. Innovations Agronomiques, INRAE, 2019, 77, pp.31-43. ⟨10.15454/k4kv-k303⟩. ⟨hal-02900352⟩